De la Méditerranée à l’Atlantique à pied en 2 mois et en solo. L’expérience d’Ariane !

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  • Post last modified:23 août 2020
De la Méditerranée à l’Atlantique à pied en 2 mois et en solo. L’expérience d’Ariane !
GR4 d'Ariane - Vue Plomb du Cantal

Une femme, une randonneuse. Aujourd’hui, nous sommes extrêmement ravies d’accueillir Ariane sur le blog pour notre série d’interviews de femmes randonneuses ! Ariane, lectrice du blog, a été l’élément déclencheur qui a fait que nous nous sommes lancées dans cette série d’interviews de femmes randonneuses. Nous avions depuis longtemps envie de mettre plus en avant la randonnée au féminin sans prendre le temps de le faire. C’est en échangeant avec Ariane, qui a eu la très bonne idée de répondre à une de nos newsletters un jour, pour nous faire part de son expérience de randonneuse solo, que l’idée a germé et commence à prendre forme aujourd’hui.

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L’expérience qu’a vécu Ariane en marchant presque 2 mois seule sur le GR4 étant tout particulièrement inspirante, nous avions envie d’en apprendre plus et de la partager avec vous ! C’est donc avec grand plaisir qu’elle s’est prêtée au jeu des questions. 🙂

Bonne lecture !

Pour commencer, peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Je m’appelle Ariane, j’ai 29 ans et je vis actuellement à Saumur, dans l’ouest de la France. Avant ça, j’ai vécu quelques années à Lyon. Par rapport à la randonnée, je ne suis pas particulièrement une grande sportive à la base à faire des exploits sportifs tous les ans. 🙂

Quel est ton parcours de randonneuse et comment as-tu commencé la randonnée ?

J’ai toujours aimé les activités dans la nature. J’ai grandi dans une ferme donc la proximité avec la nature m’a toujours plu mais, nous étions dans l’ouest de la France, donc loin de la montagne. Je ne faisais pas vraiment de grosses randonnées mais, avec mes parents, on faisait des petites balades.

Ariane prête pour le GR4

C’est lorsque je suis allée habiter à Lyon, il y a 5 ans, que j’ai commencé à passer des week-ends avec des amis qui avaient beaucoup plus l’habitude de partir en randonnée à la journée. C’est comme ça que j’ai pris goût à la randonnée. Ensuite, c’est avec mon copain qu’on a voulu profiter de notre situation géographique pour se lancer à faire de la randonnée itinérante.

Notre premier trek en autonomie tous les deux a été le GR10 dans les Pyrénées où on a marché 4/5 jours. J’ai tellement adoré dormir en montagne dans la nature après la journée de marche. Après, on a fait une semaine dans le Jura. On avait pris l’habitude de partir l’été randonner en autonomie quelques jours.

J’ai ensuite eu l’idée de faire une grosse randonnée en solitaire mais je me suis rendue compte que je n’avais jamais randonnée solo ne serait-ce qu’une journée. L’été 2018, j’ai donc décidé de me tester sur une randonnée de 5 jours dans le Morvan. Heureusement que j’avais choisi cette destination parce que cette année-là, c’était la grosse canicule, donc le Morvan était parfait avec la forêt qui abrite de la chaleur.

En 2019, tu t’es lancée dans une grande randonnée en solitaire pendant deux mois en suivant le GR4. Qu’est-ce qui t’as donné envie de te lancer dans cette aventure ?

Quand j’étais à Lyon, je travaillais dans une association qui couvrait les questions de l’écologie et de la solidarité. Un travail qui me plaisait beaucoup mais qui était aussi très prenant.

Il y a deux ans, avec mon copain, on a décidé de revenir nous installer dans l’ouest de la France ce qui signifiait quitter mon boulot et ma vie lyonnaise. Je menais une vie un peu à 100 à l’heure et j’avais envie de faire une pause pour prendre un peu de recul, réfléchir à ce vers quoi j’avais envie de me diriger pour la suite et ne pas enchaîner sur un nouveau boulot.

J’avais donc envie de faire une pause dans cet entre-deux mais je ne voulais pas la faire dans un appartement ou revenir chez mes parents. C’est comme ça que m’est revenu l’idée, qui m’avait vaguement trotté dans la tête, de partir marcher seule. Je me suis dit que c’était vraiment le bon moment pour faire ça.

Le livre Wild, de Cheryl Strayed, et les épisodes de Nus et culottés ont en quelques sortes été les deux sources d’inspirations qui m’ont donné envie de partir à l’aventure.

Ariane

Cette idée m’est venue en tête en grande partie après avoir lu le livre Wild, de Cheryl Strayed [Ce livre raconte l’histoire vraie de Cheryl Strayed qui a parcouru le Pacific Crest Trail en solitaire, soit 1700km. Une aventure forte, émouvante et éprouvante.] Quand je l’avais lu, il y a quatre ou cinq ans, il m’avait marquée. Je l’avais trouvé chouette mais je ne pensais pas être capable de faire ça. Pour autant, l’idée m’est restée dans un coin de la tête et est ressortie au moment où j’étais en transition de vie et avait besoin d’une pause.

Les épisodes de Nus et culottés m’ont également toujours donné envie de partir à l’aventure en France ! 🙂

  • Il est possible de découvrir les épisodes de la saison 1 et de la saison 2 de Nus et culottés en DVD. Une bonne dose d’aventure humaine garantie !

C’est un peu la réunion de ces deux inspirations qui trottaient dans ma tête et qui me faisaient me dire que ça pourrait être une aventure que j’aurais bien envie de vivre. Donc, c’était le moment idéal pour le faire dans ma vie. J’allais lâcher mon appartement et mon boulot pour rejoindre mon copain qui était parti un peu plus tôt et j’en ressentais l’envie.

J’ai pu faire mûrir le projet pendant un an et demi avant de partir vraiment et faire mon test de randonnée solo dans le Morvan que j’ai vraiment adoré. Ça m’a vraiment conforté dans mon envie, sur mes capacités et je suis donc partie faire ma grande marche sur le GR4 en Avril/Mai 2019.

« La rencontre peut être géniale juste à côté de chez soi, pour peu d’oser. » – Interview d’Ariane sur ses 2 mois de #randonnée sur le #GR4.

J’ai quitté mon travail fin 2018 ce qui m’a laissé trois mois avant de partir, trois mois au cours desquels j’étais concentrée à peaufiner mes préparatifs.

Comment t’es-tu préparée à un tel périple (logistiquement, physiquement, matériellement, psychologiquement) ?

Le choix de l’itinéraire

Pour l’itinéraire, vu que c’était la première fois que je partais randonner seule aussi longtemps, j’avais envie de partir sur un GR pour que ce soit bien balisé. Je voulais partir au Printemps donc ça excluait d’office la montagne où il y a encore de la neige à cette période. Je ne me sentais d’ailleurs pas assez à l’aise en montagne pour y partir seule pour un premier trek. Je préférais un itinéraire intermédiaire et surtout en pleine nature.

Les chemins de Compostelle auraient pu être une possibilité mais je voulais plus me tester sur la solitude. Étant quelqu’un d’assez sociable, sur Compostelle j’aurais vite trouvé d’autres gens avec qui randonner et, même si ça aurait été très chouette, ce n’était pas ce que je recherchais pour cette aventure. J’avais vraiment envie de vivre l’aspect de passer plusieurs jours sans croiser personne. Compostelle ne me convenait donc pas.

Ensuite, je me suis intéressée au sentier des douaniers en Bretagne qui dure deux mois. Puis je me suis fait toute la liste des GR de France et j’ai découvert le GR4 qui m’a encore plus plu. Ce que je craignais avec le sentier des douaniers était de ne pas être beaucoup dans la pleine nature. Alors que le GR4 correspondait parfaitement à mes critères. C’est en plein nature avec un peu de moyenne montagne, jamais trop loin de la civilisation et c’est un trek au long cours. En entier, c’est au moins 2 mois, 2 mois et demi de marche.

Le symbole de ce GR4 me plaisait aussi beaucoup, relier la Méditerranée à l’Atlantique.

En me documentant plus sur ce GR, je me suis rendue compte qu’il n’était pas très fréquenté donc c’était parfait pour moi.

Itinéraire du GR4 fait par Ariane
Itinéraire du GR4 fait par Ariane
©Ariane B GR4 d'Ariane - Royan à gauche ; Traversée de la ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et l'Atlantique en haut à droite ; Col du pendu en bas à droite.
GR4 d’Ariane – Royan à gauche ; Traversée de la ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et l’Atlantique en haut à droite ; Col du pendu en bas à droite.

Le GR4 reliant la Méditerranée à l’Atlantique

Le GR4 part de Grasse. Personnellement, j’avais envie de partir du bord de la Méditerranée donc je suis partie depuis Mandelieu-la-Napoule en suivant le GR des balcons de la Méditerranée qui relie Cannes jusqu’à Grasse en 3 jours. Finalement, le chemin sur cette portion était vraiment nul et j’ai eu un orage.

Ensuite, j’ai suivi le GR4 jusqu’après le Massif central où j’ai coupé 300km en stop pour quand même finir sur l’Atlantique. Je m’étais donné deux mois pour faire cette randonnée donc je savais que je n’arriverais pas à faire ce GR en entier. Mais je ne voulais pas finir dans la Creuse juste comme ça donc j’ai continué en mode aventure pour m’approcher en stop du bout du GR pour finir par deux derniers jours de marche jusqu’à l’Atlantique.

Globalement, j’ai fait environ 1100km à pied et 300km en auto-stop, le tout en un peu moins de deux mois.

Ne pas tout prévoir et anticiper

Pour cette expérience, je voulais aussi expérimenter le fait de ne pas tout prévoir et anticiper. Je ne savais pas où j’allais dormir chaque soir mais ça se passerait bien. J’étais en autonomie avec ma tente donc ça me permettait une plus grande liberté. Je ne voulais pas prévoir d’étapes précises à l’avance et plutôt me laisser porter selon comment je me sens, où j’en suis, ce dont j’ai envie.

C’est d’ailleurs ce que j’ai trouvé très agréable sur une randonnée au long cours où on ne se force pas à devoir arriver avant telle date, on peut se laisser porter facilement. Ce qui a aussi un côté un peu stressant psychologiquement forcément parce que quand t’as passé une dure journée, dans le froid par exemple, ne pas savoir où tu vas dormir le soir alors que t’es fatiguée ce n’est pas évident mais je voulais volontairement vivre cette expérience.

Par contre, dans ma préparation avant le départ, j’ai quand même pris le temps de bien lister tout ce qui était hébergement (gîtes d’étape, campings, cabanes et refuges non gardés) que je pouvais trouver sur la route. C’était important pour moi d’avoir cette base là sur moi pour pouvoir au jour le jour trouver facilement un hébergement si besoin, avoir le contact directement et avoir une idée de ce qui existait autour du chemin. À la base, je pensais plus dormir en tente mais j’ai eu souvent froid donc c’était plus tentant de dormir dans un hébergement en dur. Au final, j’ai fait moitié en tente et moitié en gîte d’étape ou chez l’habitant.

Nourriture et hydratation : gestion de l’alimentation et l’eau pendant 2 mois

J’avais toujours 2 ou 3 repas sur moi. Avant cette expérience, j’avais toujours randonnée sur 4 ou 5 jours, donc je prévoyais en gros, un peu de lyophilisés, de la semoule ou autre et tout était bien pensé et pesé dans des petits sachets pour que ça ne pèse pas lourd. Mais quand tu pars sur deux mois, ce n’est pas pareil. Tu as parfois des gros emballages ou des grosses quantité dans les endroits où tu te ravitailles et ce n’est pas l’idéal. Tu ne peux pas trouver de lyophilisés ou nourriture spécialisée. Donc tu t’adaptes et tu composes avec ce que tu trouves pour ne pas trop surcharger ton sac et avoir quand même de quoi tenir un peu.

Après, il y a eu deux personnes qui sont venues randonner un week-end avec moi au fil du parcours et j’avais du coup prévu qu’ils me ramènent quelques lyophilisés et autres bricoles en nourriture.

Ce qui n’était pas toujours évident, c’est que ce GR passe souvent par des endroits bien paumés et vu que j’étais hors saison touristique, j’ai parfois galéré à trouver des petites supérettes, boulangeries ou autres endroits pour me ravitailler. Donc j’ai mangé pas mal de semoule. 😅

C’est marrant d’ailleurs de voir la différence entre ce que tu t’imagines avant le départ et la réalité une fois sur les sentiers. Je pensais que le matin ou le midi j’aurais plus envie de me poser pour me faire une boisson chaude mais finalement j’avais pas envie de sortir le réchaud et tout. 😅

Pour ce qui est de l’eau, je m’étais acheté une gourde filtrante souple Katadyn pour pouvoir éventuellement refaire le plein dans des sources d’eau ou cours d’eau. Elle ne m’a au final pas tellement servi, seulement 3 ou 4 fois, mais au moins j’étais plus sereine ces fois-là et surtout ça me rassurait aussi d’avoir cette gourde si besoin.

Sinon, j’avais prévu de quoi porter 2 litres d’eau mais au final j’ai arrêté rapidement de trop me charger autant parce que je passais souvent devant des maisons et villages donc je demandais aux gens. Ça me donnait un prétexte pour parler aux gens. Sur ce GR, je traversais en général au moins un village par jour donc j’arrivais toujours à trouver quelqu’un pour me réapprovisionner en eau.

Préparation physique avant de partir sur le GR4

J’ai fait une préparation, que j’aurais pu faire plus intensive. Pendant les 3 mois avant le départ, j’ai fait au moins une fois par semaine une randonnée en augmentant au fur et à mesure le poids du sac et la durée de la randonnée. Par contre, étant dans l’ouest de la France, il n’y avait pas de dénivelé. Donc autant je me suis entraînée à faire mes nouvelles chaussures et porter mon sac, par contre, j’ai pas fait de dénivelé comme j’allais avoir dès le début de la grande randonnée, ce que j’ai un peu senti avec de bonnes ampoules et un peu mal aux genoux.

Équipement : chaussures et sac à dos de randonnée

J’avais bien anticipé de faire mes chaussures que j’avais acheté pour l’occasion. Par contre, ça m’avait pris un bon temps de ma préparation de choisir les chaussures de randonnée. Quand tu pars sur deux mois comme ça, c’est dur de savoir quoi prendre comme chaussures. Tout le monde a des avis différents entre les vendeurs, les forums, les blogs. Entre ceux qui disent qu’il vaut mieux des chaussures légères parce que je n’allais pas faire de haute montagne, ceux qui disent le contraire, etc. Au final, je suis partie avec des grosses chaussures hautes. Au début, j’ai un peu regretté parce qu’elles étaient lourdes mais finalement j’étais bien contente de les avoir parce que j’ai eu des passages de neige. Elles sont restées imperméables tout du long ce qui était top. Je ne me suis jamais fait mal aux chevilles.

Pour ce qui est du sac à dos, je l’avais déjà et le connaissais bien donc j’étais confiante. C’est un sac de randonnée de la marque suédoise Fjällräven de 45l + 10l. Cette capacité m’a suffit en partant avec le minimum : une tenue pour marcher, une tenue pour dormir, tente, matelas et duvet. J’avais environ 11kg sans l’eau sauf les fois où je n’avais pas le choix que d’acheter des gros sachets de nourriture ce qui alourdissait un peu plus.

Quel est ton meilleur souvenir de ce trek de deux mois sur le GR4 ?

Il y a un moment qui fait partie de mes meilleurs souvenirs. Au bout de 3 semaines, je passais le Mont Ventoux, le point culminant du GR4, qui était un peu symbolique pour moi. Je m’étais dit que si déjà j’arrivais à monter en haut du Mont Ventoux ce serait déjà bien !

La fin de l’ascension du Mont Ventoux reste particulièrement mon meilleur souvenir avec la fierté d’avoir réussi, de se dire qu’on est capable de faire ça. Et le fait d’être toute seule cette journée-là a rendu le moment plus intense. Je n’ai croisé personne. Plus je montais, plus je m’enfonçais dans le brouillard. Je ne voyais pas devant ni derrière. Ça n’était pas dangereux car le chemin est assez large mais du coup j’avais l’impression d’être hors du temps, une ambiance un peu mystique. Donc avec la fierté d’être arrivée en haut toute seule et l’impression d’être suspendue au dessus des nuages, ça a été un moment fort pour moi. Je pense que je n’aurais pas vécu le moment pareil si je l’avais fait à plusieurs.

As-tu vécu des difficultés particulières durant cette marche ?

Il y a eu deux types de difficultés. Par moment, ça a vraiment été dur physiquement. Et aussi à cause de la météo. Je ne pensais pas avoir autant de fois de la neige à cette époque-là par exemple. J’en ai eu trois ou quatre fois. Donc, ça n’a pas toujours été facile de marcher dans la neige avec le gros sac.

Je me suis aussi rendue compte que mon duvet été trop léger pour les nuits où la température descendait en dessous de zéro donc j’ai parfois eu bien froid. Je me suis fait deux ou trois nuits blanches au début à cause du froid. Du coup, il y a eu certaines journées où je me rallongeais les étapes pour pouvoir atteindre un hébergement.

Il y a des choses dont je ne me pensais pas forcément capable, comme marcher pendant 10h de suite, et pourtant on se rend compte qu’on a les ressources. C’est dur sur le moment mais ça fait beaucoup de bien en fait, pour la confiance en soi notamment.

J’ai trouvé que malgré les difficultés physiques ou de météo, tant que tu as un bon mental tu arrives à les surmonter. Par contre, les fois où c’est le mental qui ne suivait plus, là je trouvais ça plus dur parce que je me trouvais démunie. Début Mai, après un bon mois de randonnée, j’ai eu toute une semaine où j’avais plus du tout la motivation. C’était dur parce que je me disais que si vraiment j’en avait marre, ça ne servait à rien de se forcer mais en même temps j’avais quand même envie de continuer et de ne pas m’arrêter là-dessus. Il fallait juste persévérer et c’est revenu. Et le fait d’avoir réussi à passer ce mauvais moment, ça a rendu la suite encore plus géniale.

Il y a des hauts et des bas psychologiquement et quand tu es tout.e seul.e, je trouve que ces moments sont plus intenses. Autant, j’ai eu des moments géniaux qui ont été encore plus fous et intenses parce que je randonnais seule, je le devais qu’à moi et j’avais ce sentiment de liberté. Par contre, les moments de doute ou de fatigue mentale sont plus durs en étant seule.

En tant normal, j’ai tendance à faire des efforts pour ne pas être la personne du groupe à faire ralentir les autres, par exemple. Mais là en étant toute seule, ça ne dépendait que de moi de continuer ou d’arrêter.

Ça peut paraître bateau de dire que c’est parce qu’on a des moments durs qu’on profite encore plus des bons moments mais c’est complètement vrai, je trouve !

« … c’est parce qu’on a des moments durs qu’on profite encore plus des bons moments… » – Interview d’Ariane sur ses 2 mois de #randonnée sur le #GR4.
GR4 d'Ariane - Les galères dans la boue
GR4 d’Ariane – Les galères dans la boue

Qu’est-ce que t’a apporté cette longue randonnée ?

Le processus psychologique pendant une grande randonnée

Cette aventure, je l’ai faite pour réfléchir pour la suite, faire le point sur ce qui comptait pour moi. Je pensais que ça me permettrait d’avoir comme des « révélations », des réponses. En fait, les premiers jours de marche, j’étais juste en galère à réussir à finir ma journée de marche. 😅 En rentrant le soir, j’étais morte. Du coup, j’ai cru que je n’y arriverais pas. Ce n’était pas ce que j’avais imaginé.

Au final, ça s’est fait mais au fur et à mesure. Je notais tous les soirs ce que je vivais ou pensais. Et en relisant, je me suis rendu compte que si, j’ai beaucoup réfléchi et ça m’a beaucoup servi pour me donner confiance en moi et savoir un peu plus ce que je voulais pour la suite. Par contre, il fallait un peu le mériter pour l’avoir. C’était un processus sur le long cours. Ça ne te vient pas comme une révélation quand t’arrive en haut d’une montagne. 😄

Randonner seule et son bénéfice sur sa prise de décisions

Par contre, en randonnant seule, c’est sûr que tu es encore plus face à toi même.

Dans la vie, j’ai plus tendance à composer en fonction des autres. Si quelqu’un veut s’arrêter là pendant une rando, j’accepte. Du coup, randonner seule m’a poussée à réfléchir à ce que j’avais envie ou besoin. Prendre ses décisions soi-même. Et c’est un très bon moyen d’apprendre à prendre des décisions dans la vie. Quand tu randonnes seule, il y a plein de micro-décisions à prendre. « Est-ce que ce chemin est le bon ? », « Est-ce que je m’arrête à cet hébergement là ? », « Est-ce que je fais du stop pour aller jusqu’à ce commerce pour m’acheter de la nourriture ? »… J’avais besoin de réussir à plus prendre des décisions seule.

Apprendre à lâcher prise

Ça m’a aussi aidé à plus lâcher prise sur l’avenir. Par exemple, en rentrant de cette randonnée, je devais chercher un travail. Et je ne l’ai pas du tout vécu de manière stressante. Ça s’est fait plutôt facilement parce que je me disais que je me débrouillerais toujours. Ça m’a aidé à avoir confiance en mes ressources pour me débrouiller. Grâce à ça, je suis moins stressée par l’inconnu. En randonnée, tu ne sais pas où tu vas dormir chaque soir et, au final, tu te rends compte que tu t’en sors toujours.

Faire un telle randonnée, ça va au delà du défi sportif. C’est l’aventure au sens large. Oser parler à des inconnus. Faire du stop seule. Me débrouiller toute seule.

« Faire une telle randonnée, ça va au delà du défi sportif. C’est l’aventure au sens large. » – Interview d’Ariane sur ses 2 mois de #randonnée sur le #GR4.

Comment as-tu vécu la randonnée en tant que femme en solitaire ? T’es-tu déjà sentie en danger ?

Je n’ai jamais eu peur quand j’étais sur les sentiers de randonnée. Je ne me suis jamais sentie en insécurité. J’appréhendais moins de partir randonner seule sur des chemins de randonnée déserts que partir voyager seule dans le monde par exemple. Être seule dans la nature, ce n’est pas quelque chose dont j’ai peur. Les gens que j’ai rencontré ont tous été super sympas. Les gens qu’on croise en Lozère en randonnée, ce sont soit d’autres randonneurs, soit des agriculteurs, soit les anciens du village qui font leur balade.

Quand je bivouaquais seule dans ma petite tente, je n’étais pas forcément toujours rassurée mais sans que ce soit fondé. C’était plus la peur irrationnelle du noir, de la nuit, les films que tu te fais parce que tu entends une voiture au loin. Des peurs pas vraiment fondées mais qui sont là. Et c’est aussi ce que je voulais vivre, traverser ces peurs-là.

Une nuit j’ai dormi dans un monastère en ruine en plein milieu de la montagne et je n’étais pas fière du tout. Mais il y avait aucune chance que quelqu’un vienne. Et quand le jour se lève, tu te dis que tu n’avais pas de raison d’avoir peur.

GR4 d'Ariane - Coucher de soleil sur l'Atlantique
GR4 d’Ariane – Coucher de soleil sur l’Atlantique

Il y a eu une seule fois pendant la randonnée où j’ai eu un peu peur. C’était en ville. Je me suis faite un peu emmerdée par des mecs mais pas forcément parce que j’étais en randonnée, je n’avais même pas mon sac avec moi d’ailleurs à ce moment-là, je l’avais laissé à l’office de tourisme. C’était plus du harcèlement de rue comme on peut avoir quand on est une femme qui marche seule en ville. Ça montre bien que ce n’est même pas lié au fait de randonner seule… Mais pour le coup, ça m’a fait un peu peur parce qu’ils m’ont un peu suivie et qu’ils avaient compris que je randonnais seule et il fallait que je sorte de la ville à pied. Et quand on sort d’une ville à pied, on est hyper repérable. Donc, j’avais peur de retomber sur eux en sortant de la ville sachant qu’ils avaient été très très insistants.

J’ai donc d’abord eu un peu peur mais après j’étais surtout en colère contre eux qu’ils m’aient enlevé la confiance que je pouvais avoir dans les gens. Et paradoxalement, ça m’a reboosté à continuer ma randonnée parce que si je terminais là-dessus, c’était un peu faire gagner ces deux gars alors que je n’ai rencontré que des gens géniaux tout le reste de la rando. Si j’arrêtais là-dessus en ayant peur, ça serait leur donner raison. Donc ça m’a reboosté vu que ça s’est passé à la fin de ma période coup de mou où je me demandais si j’allais arrêter.

Ensuite, j’ai retrouvé les chemins de randonnée dans le Cantal et je me suis de nouveau ressentie en confiance.

En fait, ce sont les gens que tu croises qui te disent « mais t’as pas peur toute seule ? » qui te créaient la peur et te rendent méfiante. Donc c’est un peu agaçant 😅. La moitié des gens que je croisais et ceux à qui j’en parlais avant de partir me transmettaient leurs peurs. Et comme on voit très peu de femme randonner ou voyager seule, ça alimente cette peur.

Au final, en ville, la probabilité de faire de mauvaises rencontres est plus élevée qu’au milieu de la Lozère à plus de 1000m d’altitude sur un chemin de randonnée.

Et puis en creusant un peu, derrière cette incompréhension qu’ont les gens, il y avait d’un côté la peur par rapport au fait d’être une femme qui randonne seule mais c’est aussi l’aspect de la randonnée en solo, au delà d’être un homme ou une femme, qui interpelle. Il y a des gens qui ne comprennent pas et ça les angoisserait eux d’être seuls en fait. Donc c’est intéressant.

GR4 d'Ariane - Bivouac
GR4 d’Ariane – Bivouac

Par contre, en randonnant seule en tant que femme, je pense qu’on se fait plus facilement héberger ou prendre en stop. Les fois où j’ai fait du stop, j’ai toujours été prise hyper vite. Je me suis demandée, du coup, si le fait d’être une femme aidait.

J’ai aussi été deux ou trois fois hébergée ou invitée à manger et à chaque fois c’était des femmes qui me proposaient parce qu’elles étaient interpelées par ma démarche et ça les intéressait.

Quand tu toques à une porte ou que tu lèves le pouce, tu ne sais jamais sur qui tu vas tomber. Souvent tu as des rencontres qui se passent bien mais sans plus et de temps en temps tu as des rencontres qui sont vraiment fortes et qui le sont d’autant plus parce qu’elles ne sont pas prévues.

Globalement, les gens ont été très sympas. J’ai plusieurs fois été invitées pour le repas, boire un thé ou pour rester dormir par exemple. En fait, je n’étais pas forcément très à l’aise pour toquer chez les gens et demander directement l’hébergement. Du coup, je trouvais que demander de l’eau était un prétexte génial. Soit les gens te donne juste de l’eau et ils ne sont pas plus intéressés que ça. Mais ça laisse la possibilité aux gens de commencer la discussion sur pourquoi je suis là, pourquoi je randonne. Les quelques fois où j’ai été invitée à manger ou dormir, c’est justement en ayant demandé mon chemin ou demandé de l’eau. Et puis au fur et à mesure de la conversation, ils m’ont invitée. Le petit quart d’heure de discussion autour de la bouteille d’eau permettait des deux côtés de sonder si on le sentait bien ou pas.

Si tu devais donner un conseil à un futur randonneur qui voudrait se lancer sur le GR4, quel serait-il ?

Écouter son instinct. Ça m’a beaucoup servi quand tu toques à une porte ou en faisant du stop. Tu as 5 ou 10s, tu regardes si la personne te regarde dans les yeux, si ça sent l’alcool, si la personne à l’air bizarre, etc. et tu sais assez vite si tu sens la personne ou non. Quand tu le sens bien, en général tu n’as pas de doute. Quand tu n’es pas sûr.e ou que tu as un doute, dans ce cas-là, n’y va tout simplement pas. C’est assez basique mais s’il y a un truc qui fait qu’on ne le sent pas, il ne faut pas y aller. Ça m’a aidée à avoir confiance et à oser aller vers des inconnus.

J’ai remarqué un autre point en discutant avec des gens au cours de ma rando qui disaient qu’ils avaient déjà essayé de marcher seuls mais qu’ils avaient arrêté au bout de 2 jours. Ils s’ennuyaient trop ou bien ne faisaient que de penser à certaines choses et l’avaient mal vécu. En creusant un peu, j’ai remarqué qu’en fonction de si on choisit de partir seul ou si on le subit, ça change complètement. Par exemple, certains devaient partir avec un ami ou en couple et l’autre n’a finalement pas pu partir. Ils ont quand même décidé de partir seuls mais dans ce cas, ils ont subi la solitude. Alors que moi qui ai choisi de partir seule, je l’ai moins subi.

Si on a envie de partir seul randonner mais de faire plein de rencontre, ce n’est pas le GR4 qu’il faut faire 😅. Alors que faire Compostelle, ça serait sûrement plus l’idéal dans ce cas. Ça dépend vraiment de ce qu’on souhaite. Et je pense que c’est important de bien réfléchir à ça en amont, bien se poser la question de ce qu’on recherche à travers sa randonnée et ce qu’on veut vivre. Même si parfois on ne sait pas forcément exactement ce qu’on cherche avant d’y être, on a quand même des petites intuitions et c’est important d’essayer de trouver le chemin de randonnée qui y correspond le mieux. Et si on se rend compte en cours de route que ça ne nous correspond pas, c’est bien d’avoir la possibilité de changer d’itinéraire.

As-tu un ou plusieurs conseil(s) à donner à une femme qui voudrait se lancer dans ses premières aventures de randonnée en solo ?

On pourrait penser qu’on est un poil plus vulnérable en tant que femme mais en fait ce sont les mêmes conseils qui s’appliquent autant aux hommes qu’aux femmes seules. C’est possible que les gens aient moins l’habitude de voir une femme seule donc on attire peut-être plus l’attention. Après ce sont des pratiques de bon sens, comme ne pas rentrer dans une ville seule la nuit, si je vais dans un bar, je ne dis pas à voix haute s’il y a des gens aux alentours que je dors seule dans ma tente cette nuit, des choses comme ça. Je pense que c’est important de ne pas avoir peur de tout et de faire, de base, plutôt confiance aux gens tout en ayant quelques petits points de vigilance comme ça.

Sur la randonnée en solo, ce n’est pas la durée qui compte. Pendant ma semaine dans le Morvan, j’avais déjà vécu un condensé de ce que j’ai vécu pendant deux mois. Avoir le sentiment de faire ce qu’on veut, la liberté de faire ses choix, devoir trouver son chemin, devoir aller vers des inconnus… Pour une première fois, même partir sur deux jours, c’est déjà possible de vivre des sensations assez fortes.

Le plus dur, c’est d’oser se lancer, franchir le pas. Une fois sur le chemin, c’est partie ! Quand on est deux, on se motive l’un l’autre alors que seule il n’y a que nous pour aller au bout du projet et nous lancer.

 » Le plus dur, c’est d’oser se lancer, franchir le pas.  » – Interview d’Ariane sur ses 2 mois de #randonnée sur le #GR4 en solo.

Pour finir, as-tu une prochaine aventure en prévision ?

J’aurais bien envie de partir en montagne, soit avec mon copain ou avec une amie avec qui je randonne souvent, 5/6 jours en autonomie totale en plein milieu des Alpes. Parce que je ne l’ai pas tellement vécu dans ma marche, je n’étais pas tant en haute montagne et j’aimerais bien vivre cette expérience sans être aussi souvent proche de village ou de route.

Photos tous droits réservés à ©Ariane B.


Merci à Ariane d’avoir partagé avec nous sa superbe expérience de randonneuse sur le GR4. De quoi donner envie à son tour de se lancer et sortir de sa zone de confort pour en ressortir encore plus grand ! On espère que ce témoignage vous aura inspiré !

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Cet article fait partie d’une série mettant en lumière les expériences diverses et variées de femmes randonneuses. Notre objectif à travers ces interviews est d’inspirer d’autres femmes à oser se lancer sur les sentiers et prendre confiance en elles. Si d’autres l’ont fait avant vous, alors pourquoi pas vous ? Vous êtes plus fortes que vous ne le croyez !

Vous pouvez retrouver l’ensemble des interviews et nos conseils spécifiques pour les femmes randonneuses dans la rubrique « La randonnée au féminin ». Nos conseils pour se lancer dans la randonnée sont également disponibles dans la rubrique « Débuter en randonnée ».

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Enora

Créatrice de contenu web et consultante en stratégie digitale le jour. Blogueuse et photographe passionnée la nuit. Parfois l'inverse ou les deux en même temps. Curieuse par nature, je me nourris des découvertes et rencontres qui se présentent sur mon chemin. J'aime voyager, randonner et partager. Toujours à la recherche de ce qui me fera me sentir vivante et sortir de ma zone de confort. Ce blog voyage et randonnée est là pour partager avec vous mes expériences avec comme fil rouge le respect de notre belle planète.

Cet article a 4 commentaires

  1. Avatar
    Mortier

    Waw quel parcours ! ça m’impressionne vraiment ce type de randonnée itinérante ! J’aimerais me lancer une fois ! Très inspirant 🙂

    1. Candie
      Candie

      Je suis d’accord avec toi, c’était très inspirant de découvrir l’aventure d’Ariane. On ne peut que te souhaiter d’avoir l’occasion de te lancer un jour !!

  2. Avatar
    javet

    Quelle aventure, pour avoir fait le GR20 à 13 ans, j’ai bien envie de tenter l’aventure !

    1. Candie
      Candie

      Oui, c’était très inspirant de lire l’aventure d’Ariane !

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