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Sur les routes de la diagonale du vide en France, interview de Mathieu

La diagonale du vide, Mathieu Mouillet

La « diagonale du vide », cette zone de campagne française où ce n’est pas le nombre d’habitants qui fait exploser les compteurs. Cette étendue, ainsi surnommée par des géographes, s’étend des Ardennes jusqu’au Pays basque. On est bien loin des destinations paradisiaques ou des aventures hors des sentiers battus à l’autre bout de la planète qu’on nous vend à longueur de journée et où le choc des cultures n’est que le début d’un voyage alléchant. Et pourtant…

Et si une traversée de la France offrait une expérience aussi exotique qu’un voyage au bout du monde ?

C’est sur ce leitmotiv et avec l’envie de faire un voyage dépaysant près de chez soi et dans son propre pays, que Mathieu est parti 18 mois à pied, avec comme seul compagnon de route son sac sur le dos, à travers cette campagne profonde et pourtant riche en culture et rencontres.

La diagonale du vide, ©Mathieu Mouillet
©Mathieu Mouillet

Son objectif : découvrir la France comme un pays exotique.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le pari est réussi !

De ce voyage, il en a tiré de nombreux portraits sonores et vidéos ainsi qu’un livre qui nous transporte avec lui dans cette merveilleuse aventure humaine. J’ai lu son livre après notre retour de long voyage en Amérique du Sud en début d’année et je me suis directement sentie repartir en voyage. Le style d’écriture, poétique et vrai, nous fait ressentir cette France méconnue aux valeurs fortes et à l’envie débordante d’un monde meilleur, de leur monde meilleur. Des problèmes et des obstacles, tout le monde en a, et pourtant certains les affrontent avec une énergie et un optimisme exemplaires.

Livre voyage : La diagonale du vide, ©Mathieu Mouillet

Ce livre : « La diagonale du vide, un voyage exotique en France ».

Mathieu Mouillet

Au delà de la beauté naturelle de ces régions traversées, Mathieu replace la rencontre et les échanges humains au cœur du voyage.

La diagonale du vide, ©Mathieu Mouillet
©Mathieu Mouillet

Mais trêve de bavardage. Qui mieux que Mathieu peux vous retranscrire ce qu’il a vécu. Nous l’avons interviewé pour vous. C’est parti !

Bonjour Mathieu, peux-tu te présenter en quelques mots pour ceux qui ne te connaissent pas ?

J’aime bien dire que je suis un intermittent du voyage. Je me balade depuis une vingtaine d’années un peu partout sur la planète avec mon appareil photo, mes carnets de note et mon enregistreur et j’ai peu à peu fait du voyage un métier (précaire). 

Quel est ton parcours de voyageur ?

Un échange universitaire au Maroc a mis le feu au poudre (j’y retourne toujours régulièrement). Un peu frustré par l’expérience, (beaucoup d’apéro, un peu moins de randos… La folie de la jeunesse) je me suis lancé dans un tour du monde à vélo. En chiffre, ça donne 18 mois de voyage à la recherche des musiques du monde, 6 mois en Asie, 6 mois en Amérique, 6 mois en Afrique, 25 pays, 25000 km et des centaines d’heures d’enregistrements.

Une paire d’années plus tard, j’ai travaillé comme rédacteur de guides de voyage pour un site qui n’existe plus. J’ai eu l’occasion de revenir en Afrique (Mali, Botswana, Mauritanie, Cap-vert, Sénégal, Maroc…). Même si je passais en général un mois sur place, c’était un peu la course et ça ne me correspondait pas.

En réaction à ces voyages à bride abattue, j’ai entrepris mon dernier voyage en France : un voyage à pied pour traverser les endroits les moins peuplés de France. Du voyage lent, hors des sentiers battus, avec des rencontres et le hasard de la route pour épicer tout ça… J’avais enfin trouvé ma recette du voyage idéal. 

La diagonale du vide, ©Mathieu Mouillet
©Mathieu Mouillet

Qu’est ce qui est si important pour toi dans les rencontres en voyage ?

Le fait de comprendre ce qui se passe autour de moi. Les paysages c’est bien joli et je ne boude pas les randos en solitaire. Mais je suis curieux et j’aime les gens. Je préfère découvrir un pays par ceux qui le font que le nez dans les guides. C’est plus surprenant, plus spontané et plus personnel. Pour moi, voyager, c’est d’abord aller à la rencontre de ceux qui vont m’ouvrir les yeux sur leur réalité, me faire toucher du doigt d’autres manières de voir, de vivre, de penser, me sortir un peu de moi.

L’itinéraire, ce n’est que le squelette du voyage. La chair, ce sont les rencontres…

J’ai déjà été au bon endroit avec les mauvaises personnes et j’en garde un très mauvais souvenir. À l’inverse, j’ai passé des moments inoubliables avec des personnes formidables dans des endroits quelconques. Donc pour moi, l’itinéraire, ce n’est que le squelette du voyage. La chair, ce sont les rencontres qui viennent se mettre sur ta route et qui ouvrent le champ des possibles.

Peux-tu nous raconter une de tes plus belles rencontres de voyage ?

Lors de mon dernier voyage en France, j’ai reçu un message par le biais d’Instagram. Je venais de poster une photo d’une île sur le lac des Settons et j’avais sous-titré en référence à la chanson de Brel Une île :

« Voici le temps de vivre, voici venu le temps d’aimer »

Je reçois un message qui me demande s’il est possible de venir me rejoindre durant mon périple. Moi, je suis sur la route, je réponds donc qu’il suffit de venir et voilà… J’insiste un peu sur les conditions de mon voyage, la lenteur, le budget minuscule, les conditions spartiates… Un mois plus tard, elle est là, à Bourges. C’est sa première fois en France et elle est ravie ! Petit hic : elle est venue sans tente et avec un duvet ridicule pour les nuits froides et humides d’octobre. Il nous faut chercher un endroit où passer la nuit et nous finissons par trouver une équipe de foot à l’entraînement qui nous laissera dormir au chaud dans les vestiaires. Enfin pas si chauds que ça… Ça nous a rapprochés. C’était il y a bientôt quatre ans. Nous sommes toujours ensemble 🙂 .

La diagonale du vide, ©Mathieu Mouillet
©Mathieu Mouillet

Qu’est ce qui t’as poussé à faire ce voyage exotique en France ?

L’idée me trottait dans la tête depuis mon tour du monde. J’avais initialement prévu de finir le voyage par une traversée de la France mais les conditions n’étaient pas réunies à mon retour et j’ai reporté le projet à plus tard… Entre temps, j’ai l’occasion de travailler comme rédacteur de guides et de faire des voyages utilitaires à courir partout pour voir le maximum. Une manière de voyager très frustrante où je parcours des milliers de km pour tout voir par le petit bout de la lorgnette. Il manquait la dimension humaine et le temps pour apprécier. Enfin, tout le monde revendiquait que « le voyage commence en bas de chez soi » et tout le monde partait au bout du monde. J’avais envie d’expérimenter l’idée. J’ai donc cherché un itinéraire en France qui me permettrait de sortir des sentiers battus et je suis tombé sur la diagonale du vide. Je tenais l’épine dorsale du projet.

Qu’as-tu retiré de cette expérience ?

Difficile de tout résumer 18 mois de voyage en un paragraphe… D’abord, la France est un terrain de jeu idéal. Des Ardennes au Pays Basque, les paysages se renouvellent sans cesse, la gastronomie évolue, les mentalités changent… En étant curieux, on n’a jamais fini de s’émerveiller (mais ça, ce n’est pas spécifique à la France…). Ensuite, l’idée s’est confirmée qu’en laissant le hasard faire les choses, le voyage prenait vraiment toute sa dimension. Laisser les choses venir à soi permet de faire un voyage plus personnel et moins prévoir, de prendre conscience qu’on est plus capable de faire face aux événements que ce que l’on croyait. Dit autrement, peut-être que le monde est moins malveillant que ce qu’on imagine.  Enfin, je me suis rendu compte qu’en faisant un voyage hors des sentiers battus, je rencontrais aussi des personnes aux parcours hors des sentiers battus. Des gens moins préoccupés par la réussite sociale que par un épanouissement personnel, qui avaient suivi leur petite voix intérieure et qui dégageaient quelque chose d’apaisé. Ce voyage m’a donné confiance. 

« Etre en phase avec soi même, […], transmettre des choses, se réaliser… »

Martine Bouchot – Portrait de Meuse par Mathieu Mouillet
  • Découvrir tous les portraits vidéos faits par Mathieu durant son voyage. >> Je découvre.

As-tu vécu ce voyage à travers la France oubliée différemment que tes autres voyages à travers le monde ?

Oui ! Mes voyages précédents m’ont permis de cerner ce qui m’intéressait dans le voyage en général…  De mon tour du monde, j’ai aimé le côté « laissons la route guider nos pas » mais regretté de ne pas passer plus de temps avec des gens. De mes voyages comme rédacteur de guide, j’ai compris que la vitesse – ou plutôt la lenteur – changeait totalement la perception qu’on a d’un voyage. Ce voyage en France m’a confirmé que l’essence du voyage, ce n’est pas de partir au bout du monde. L’important, c’est de rester disponible et curieux.

La diagonale du vide, ©Mathieu Mouillet
©Mathieu Mouillet

L’écriture de ton livre « La diagonale du vide, un voyage exotique en France » a-t-elle été une évidence dès le début ?

Oui. Pour payer le montage des portraits réalisés sous forme de diaporamas sonores, j’avais organisé une campagne de financement participatif et le livre était la contrepartie principale. J’avais envie de voir s’il pouvait y avoir un petit modèle économique derrière tout ça pour peut-être réaliser derrière un autre voyage avec la même logique (la réponse est non, en tout cas, pas encore…)

Quel est la partie du livre que tu as préféré écrire ?

Le livre est divisé en trois parties différentes qui correspondent chacune à un temps du voyage. La première, c’est le début, la joie des retrouvailles avec la nature, la liberté d’être de nouveau sur la route. La seconde était passionnante à vivre car j’ai rencontré beaucoup d’acteurs du changement et pas mal d’alternatives. Le voyage était par contre plus difficile physiquement, et peut-être que le lecteur le ressent. Sur la troisième partie, le voyage change et c’est un autre rythme qui laisse plus de places aux portraits. J’ai pris le même plaisir à écrire chaque partie car le livre s’écrivait au fur et à mesure du voyage. Les articles publiés sur le blog étaient la matière première. Il a fallu ensuite tout rassembler pour donner de la cohérence, un fil directeur à l’histoire. Et puis, non négligeable, retranscrire les 30 interviews pour insérer les portraits entre les phases d’itinérance. Enfin, tenter de tirer quelques conclusions de tout ça… 9 mois d’écriture sur le terrain plus 9 mois d’écriture chez moi… Les deux sont indissociables. J’ai aimé chaque étape. Même si j’écris pour voyager plus que je ne voyage pour écrire.

As-tu un conseil à donner à quelqu’un qui souhaiterait faire un périple similaire en France ou ailleurs ?

Prévoyez sans trop prévoir. Avoir un fil directeur, une destination ou un thème pour le voyage, ça suffit pour se lancer. À trop anticiper le voyage, à savoir à l’avance tout ce qu’on va voir, on est dans l’attente et on rate les surprises. Laissez vous du temps, soyez disponible aux rencontres et savourez le voyage entre chaque étape. Dorgelès disait : «  Le voyage pour moi, ce n’est pas arriver, c’est partir ». Bon départ !

La diagonale du vide, ©Mathieu Mouillet
©Mathieu Mouillet

J’espère que cet article vous aura donné envie de vivre de belles aventures humaines à côté de chez vous comme celle de Mathieu. Je vous recommande fortement de découvrir son livre « La diagonale du vide, un voyage exotique en France ». C’est le bouquin idéal pour les fraîches journées d’automne et d’hiver qui arrivent ;). Bonne lecture !


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Interview de Mathieu Mouillet, auteur du livre "La diagonale du vide, un voyage exautique en France". Il relate dans ce livre son aventure  à pied pendant 18 mois dans la France profonde. Portraits, récit de voyage, rencontres. Venez découvrir l'interview. #france #voyage #interview

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